35 propositions pour le déconfinement pour Belfort et le Grand Belfort

27 mesures d’urgence, 8 mesures pour l’après

Edouard Philippe a pris la parole devant l’Assemblée Nationale ce mardi pour exposer la stratégie de déconfinement du gouvernement. Le choix du 11 mai par le Président de la République, alors que les conditions logistiques pour un déconfinement réussi semblent loin d’être réunies, met tout le monde en difficulté, et notamment les collectivités locales qui sonten première ligne dans l’organisation concrète des mesures. Edouard Philippe a ainsi indiqué vouloir laisser une grande latitude aux acteurs de terrain. En l’état, la stratégie de déconfinement présente de nombreuses inconnues et doit être renforcée en fonction des réalités de terrain.

C’est la raison d’être de ce document, qui doit être pris comme une « boîte à idées », un ensemble de mesures qu’il nous paraît urgent de partager, mettre en débat et dont l’application serait utile à l’échelle de Belfort et de la communauté d’agglomération. Ces mesures pour le déconfinement sont issues d’un premier travail collaboratif au sein du collectif 2020 en commun pour Belfort, associant de nombreux acteurs concernés.

Ce n’est en effet qu’avec un travail participatif que l’élaboration de mesures de déconfinement peut se faire de façon efficace. Le travail collaboratif augmente l’intelligence collective des propositions, dans la mesure où les habitants et travailleurs sont les meilleurs experts de leurs conditions de vie et des aménagements à y apporter. Un tel exercice démocratique permet, en outre, d’accroître la compréhension et le respect des mesures. Le collectif 2020 en Commun est prêt à poursuivre le travail sur la définition de ces mesures età participer à leur mise en œuvre.

Il faut bien avoir conscience que le déconfinement ne règle rien et que le risque d’un second pic épidémique plus meurtrier est l’enjeu de la période qui s’ouvre. Le confinement a été une mesure d’urgence, faute d’avoir su endiguer l’épidémie dans sa phase initiale. En attente d’un vaccin ou d’un traitement, les études scientifiques les plus récentes nous disent qu’il faut nous préparer à vivre avec le virus, sur le temps long.

Cette crise entremêle le local et le global. Il serait absurde de faire porter aux municipalités tous les efforts, quand bon nombre de solutions se jouent à l’échelle nationale et européenne : pôle public du médicament, organisation des chaînes logistiques, mesures d’urgence sociales, mutualisation des dettes, etc. Mais les villes sont aussi en première ligne dans l’aménagement de la vie matérielle des habitants et ont un rôle décisif pour la mobilisation et l’organisation populaire.

AGIR MAINTENANT

Nous identifions cinq domaines prioritaires pour l’action municipale :
– urgence sociale et solidarité
– organisation logistique
– écoles
– aménagement de l’espace urbain pour la distanciation sociale
– culture et vie civique

URGENCE SOCIALE ET SOLIDARITÉ

Constat : l’épidémie et le confinement pèsent lourdement sur les populations les plus fragiles et accentuent les inégalités, du fait des conditions de logement, de la précarité économique, de la situation de l’emploi et de la stigmatisation des quartiers.

1. ​ Mettre en place un service public d’accès aux droits​ , à défaut d’une mesure nationale d’automaticité des prestations sociales, afin de permettre à chaque personne de percevoir ce à quoi elle a droit (13 milliards d’euros de non-recours aux droits et services). Ce service d’urgence est à déployer dans les quartiers, avec tous les professionnels de l’action sociale. Cette mesure nécessite la coordination de l’action sociale et la sollicitation des services dès maintenant pour le repérage des familles en souffrance et l’élaboration d’un diagnostic global.

2. ​ Reverser aux familles dont les enfants fréquentent ordinairement la cantine à très bas coût ​ des bons d’aide alimentaire compensant le coût des repas pris à la maison, sur le modèle de ce qui a été fait à Brest et à Toulouse.

3. Installer des maisons des services​ , éventuellement sous la forme d’un bus, regroupant les services administratifs en tension pendant la pandémie (CPAM, CAF, impôts, état civil, pôle emploi, poste).

4. ​ Faire travailler les restaurants belfortains pour confectionner des ​ repas pour les personnes en grande difficulté, notamment les sans-abris et sans-papiers, grâce au fond d’urgence débloqué par le gouvernement. La distribution serait assurée par les associations existantes (resto du cœur, secours populaire, catholique…) et les services publics (CCAS).

5. ​ Baisser le montant des loyers des bailleurs publics ​ à proportion de la baisse des revenus, encadrer les loyers pour les faire baisser dans les zones tendues et interdire des expulsions. Redonner une mission « sociale » aux agents d’immeuble, appelés aujourd’hui »chargés de clientèle ». Ils sont au plus proche des habitants, des bailleurs sociaux et ont une bonne connaissance des familles.

6. ​ Protéger les sans-abris, les enfants en souffrance et les femmes battues en danger. Augmenter le soutien aux associations de terrain en mettant d’autres appartements à disposition des associations si nécessaire. Renforcer les moyens de la protection de l’enfance et de l’ASE qui sont dépassés.

7. ​ Verser une prime exceptionnelle pour les agents territoriaux mobilisés (santé, alimentaire, logistique, etc.) et prendre en charge leurs frais de garde d’enfants.

ORGANISATION LOGISTIQUE

Constat : L’organisation d’une filière de fabrication de masques à destination des habitants de l’ensemble du territoire était une initiative indispensable pour pallier la défaillance gouvernementale. Cette logique de planification logistique doit s’étendre à d’autres dimensions du déconfinement.

8. ​ Mettre en place des solutions pour que masques, blouses en tissus utilisés par les professionnels qui accueilleraient les enfants, qui travaillent auprès des plus fragiles, puissent être lavés par la collectivité : utilisation des lingeries de la municipalité (crèches) ou en faisant appel aux entreprises locales. Certains hôtels disposent peut-être de lingeries qui pourraient être utilisées dans ce sens.

9. ​ Réquisitionner logements vacants, chambres d’hôtel et tout type d’hébergement possible, afin d’héberger les personnes testées positives. Il s’agit de garantir de bonnes conditions de confinement à ceux qui n’ont pas de “chez eux” ou ont des conditions de vie difficilement compatibles avec le confinement : familles nombreuses dans un logement petit, logements insalubres, besoin d’aide pour faire les courses, etc.

10. ​ Assurer l’encadrement de ces lieux de confinement​, au niveau médical comme logistique : lieux d’accueil ponctuels pour accueillir des enfants de personnes malades, service de courses à domicile, préparation de repas et dépistage d’immunité.

11. ​ Loger toutes celles et ceux qui vivent dans des conditions extrêmement précaires, grâce aux hébergements réquisitionnés, en particulier les travailleurs détachés qui vont venir nombreux reprendre le travail dans nos entreprises.

12. ​ Ouvrir largement le centre d’examens de santé de la sécurité sociale (aux 4AS) qui fait un check-up gratuit tous les 5 ans pour tous les assurés sociaux, pour ​ lutter contre le renoncement aux soins​ de santé et accompagner les personnes porteuses du Covid.

13. ​ Œuvrer à rompre l’isolement des personnes fragiles et âgées​, notamment les seniors et toutes celles et ceux qui ont besoin d’être mis en relation avec les différents services sociaux. Proposer des ateliers numériques d’aide à l’utilisation de nouveaux outils, pour effectuer ses démarches comme pour le maintien des liens avec ses proches.

14. Utiliser l’espace des serres municipales pour une production alimentaire de proximité, à gérer avec les associations​. Réquisitionner les cuisines collectives inutilisées du fait du confinement pour assurer la confection de repas à destination de la population et pour les convertir temporairement en conserveries afin de perdre le moins de denrées alimentaires fraîches.

15. ​ Soutenir la constitution de comités de production, associant représentants des salariés et des employeurs, qui permettront de déterminer de façon collective la pertinence de la reprise de l’activité, les conditions dans lesquelles les conditions de sécurité sanitaire optimales sont atteintes pour l’exercice de leur métier, ou l’usage de leur droit de retrait. Les représentants des salariés doivent pouvoir participer aux discussions concernant la dimension essentielle ou accessoire des productions, l’organisation des rythmes et le partage du travail, les relations avec les sous-traitants, au sein d’instances représentatives, dont les commissions santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) qui doivent être reconstituées.

ECOLES

Constat : Aujourd’hui la situation est particulièrement confuse. Le conseil scientifique a pris position contre une réouverture avant septembre, et du fait de la décision politique, a assorti la réouverture de conditions qui paraissent hautement impraticables à la fois pour les équipes pédagogiques et pour les municipalités. Le gouvernement a, de plus, indiqué vouloir laisser une certaine latitude d’organisation aux acteurs de l’éducation et aux municipalités dans les zones les plus touchées.

16. ​ Privilégier l’impératif pédagogique dans les discussions portant sur la réouverture des écoles, indépendamment de la nécessité de proposer des modes de garde. Celle-ci, même sur la base du volontariat, nous semble en l’état impossible dans le strict respect des recommandations du conseil scientifique. Il existe néanmoins une situation de grande urgence pour les élèves en difficulté scolaire et sociale. Ainsi, la possibilité de réouverture en très petits groupes, sur des temps limités, en soutien à un enseignement à distance qui resterait la norme, mérite d’être discutée au cas par cas avec les équipes enseignantes et les conseils d’école.

17. ​ Rouvrir partiellement les écoles comme lieux d’accueil​, avec une fonction d’action sociale : repas, accès aux droits, santé, etc. Cette réouverture concernerait prioritairement les écoles de REP et des quartiers en politique de la ville, extensible ensuite à l’ensemble des écoles.

18. Assurer la garde des enfants via des micro-structures d’accueil (centres d’animation, colonies de vacances…), qui recevront en priorité les enfants des personnes travaillant dans les secteurs économiques déconfinés, les enfants confinés dans des situations de précarité et à risque de violences intrafamiliales.

19. ​ Proposer des activités physiques aux enfants sur la base du volontariat et dans le respect des conditions sanitaires.

20. ​ Réactiver le service de santé scolaire municipal (IDE dans les écoles) pour assurer la prévention et conseiller les enfants et enseignants et se mettre en lien avec les psychologues de l’éducation nationale.

AMÉNAGEMENT DE L’ESPACE URBAIN ET DISTANCIATION SOCIALE

Constat : il est essentiel de réfléchir aux mobilités en fonction des impératifs sanitaires et de mettre en place des aménagements urbains pour favoriser la distanciation sociale, mais aussi encourager le recours au commerce de proximité.

21. Faciliter l’accès aux modes de transport comme le vélo qui peuvent diminuer la charge pesant sur les transports en commun, dans laquelle la distanciation sociale est plus difficile, en profitant de l’aide de l’État. Augmenter l’espace pour le vélo, en révisant au besoin le plan de circulation sur le modèle de ce qui est proposé par le CEREMA : mettre en œuvre des mesures d’accompagnement comme la réduction de la vitesse à 30 km/h, des opérations « remise en état » de son vélo, l’organisation de prêts ou dons de vélos entre particuliers. Apporter un soin particulier à l’aménagement de pistes cyclables temporaires autour des établissements scolaires et marchés, à la liaison entre les différents espaces cyclables. Cela doit se faire de manière participative en associant les gens.

22. ​ Réorganiser l’espace public pour concilier lieux d’attente et cheminement des piétons notamment par la suppression de places de stationnement devant certains commerces et écoles.

23. ​ Augmenter la fréquence des transports en commun et assurer les ​ conditions sanitaires : une désinfection systématique, mise à disposition de moyens de protection (housses, masques, gants, etc) pour usagers et personnels.

24. ​ Maintenir au maximum le travail à distance​, montrer l’exemple au niveau de la ville et encourager les entreprises, pour toutes les catégories de salariés, pour que la densité des bureaux et site d’activités respectent les limites sanitaires.

CULTURE ET VIE CIVIQUE

Constat : le secteur culturel est l’un des plus touchés par le confinement, avec des recettes qui ne pourront être rattrapées après coup, alors même que la culture est une ressource indispensable pour traverser ensemble l’épreuve qu’impose la pandémie.

25. Imaginer des animations culturelles comme des concerts quotidiens dans les quartiers en respectant la distanciation physique, voire un camion qui circule avec des musiciens qui animent les quartiers.

26. ​Créer une chaîne locale municipale TV en soutien aux intermittents locaux, avec un système de donation.

27. Renforcer les moyens de la bibliothèque pour assurer ses animations décentralisées ​autour du livre : dans les Maison de quartiers, EHPAD, la maison d’arrêt…

PRÉPARER L’APRÈS

Les mesures d’urgence présentées ci-dessus ne peuvent se substituer à une réflexion de plus grande ampleur sur les causes de cette crise, les moyens d’y pallier, et le modèle de société à même d’y répondre. Nous prélevons ici un ensemble de mesures issues de notre programme, qui nous paraissent à même de guider l’action publique vers un territoire mieux armé pour affronter cette crise et ses conséquences immédiates.

28.​ Remettre en place le travail d’anticipation et de gestion des risques
La commission de gestion des risques ne s’est plus réunie depuis des années. Il est nécessaire de réactiver la commission risques majeurs au niveau du Grand Belfort : pandémie, nucléaire, chimique, inondations… Distribuer des fiches conseils aux habitants suivant les risques. Exiger de la part de l’État la réactualisation du plan Pandémie et l’organisation des moyens nécessaires humains et matériels.

29.​ Économie et emploi
La crise sanitaire précipite la crise économique. Les mesures clés se jouent à l’échelle nationale et européenne. La solidarité territoriale joue cependant déjà au niveau des TPE, avec la mise en place d’un fond de solidarité renforcé au niveau de la région. Du côté de la municipalité et de l’agglomération, les investissements dans la transition écologique sont un instrument de relance et sont créateurs d’emploi, à commencer par le plan de rénovation énergétique de 5000 logements que nous proposons.

30. Résilience du territoire : coordination économique, relocalisation et circuits-courts
La crise a révélé la vulnérabilité des chaînes logistiques et la nécessité de refonder notre modèle de développement. La création d’un Conseil économique social et environnemental (CESE), l’organisation de filières de coopération économique, une politique d’achats publics contre la logique du moins disant, le développement de l’agriculture urbaine et des AMAP sont des leviers pour une organisation du territoire privilégiant les circuits-courts, la durabilité et la résilience à long terme aux crises.

31.​ Transition écologique et justice sociale
Au-delà des mesures d’urgence immédiates, des mesures comme la tarification sociale de l’eau et la rénovation des logements allient transition écologique, justice sociale et réduction des inégalités.

32.​ Accès aux soins
La crise a fait peser un poids très lourd sur les systèmes de santé en amont de l’hôpital. La création d’une mutuelle municipale et d’un service d’urgence pour petits soins peut participer à désengorger l’HNFC.

33.​ Sécurité et police de proximité
La crise a, de nouveau, mis en pleine lumière les failles du maintien de l’ordre, les discriminations et les violences policières dans les quartiers. Le rétablissement d’une véritable police de proximité est le seul moyen de faire baisser le sentiment d’insécurité qui s’illustre dans les enquêtes de victimation par le caractère insupportable des incivilités répétées et jamais traitées.

34.​ Dépendance
La crise a jeté un regard terrible sur la situation des EHPAD, avec une crise de grande ampleur ouverte quant à la manière dont notre société prend soin des personnes âgées en situation de dépendance. La ville peut agir pour encourager le maintien à domicile des personnes âgées et dynamiser le bénévolat pour lutter contre l’isolement.

35.​ Culture
Le secteur de la culture est l’un des plus impacté par le confinement, avec des recettes quine seront pas rattrapées. Ville et agglomération peuvent soutenir l’organisation d’évènements culturels mensuels, en remplacement des grands évènements ponctuels annulés comme le FIMU et les Eurockéennes, pour permettre à la culture d’exister, aux artistes de s’exprimer, aux intermittents de travailler, au public de s’émerveiller et de garder le lien avec le spectacle vivant.


Ces propositions peuvent également être téléchargées au format pdf.